Le surf, ce sport de filles qui muscle aussi la tête

Je ne suis pas sportive. Enfin, je ne l’étais pas. Cinq minutes de footing et j’avais déjà envie de rentrer chez moi en mentant sur mon temps. Puis une copine m’a traînée à Biarritz pour un week-end, et j’ai passé deux heures à regarder des filles glisser sur l’eau. Elles avaient des cuisses solides, des rires bruyants, et surtout cette façon de sortir de l’eau détendues comme si elles étaient allées se faire masser.

J’ai voulu essayer.

Six mois plus tard, je me lève à six heures pour aller prendre des vagues avant le boulot. Ma peau a vieilli un peu. Mes épaules ont doublé. Et je dors mieux qu’à n’importe quelle période de ma vie.

Ce que ça travaille vraiment

On imagine le surf comme un sport de bras. Faux. La première fois que j’ai réussi à me lever sur ma planche, j’ai tenu debout grâce à mes fessiers, mes abdos profonds et une bonne dose de panique. Les jambes brûlent en trois minutes, surtout quand on apprend à ramer correctement, sur le ventre, le dos cambré, les bras qui tournent comme un moulin fatigué.

Le corps prend cher, mais pas là où on croit. Une session d’une heure équivaut à peu près à une séance de natation intense, à ceci près qu’on ne s’en rend pas compte parce qu’on rit trop. Le pire, honnêtement, c’est le cou. Rester allongée à regarder l’horizon pendant quarante minutes pour repérer la bonne vague, ça tord la nuque d’une manière que seuls les surfeurs connaissent.

Et puis il y a la peau. Le sel, le soleil, le vent. Trois agressions permanentes contre lesquelles il faut se battre sans devenir paranoïaque. J’ai testé les crèmes minérales qui laissent une trace blanche de fantôme. J’ai testé les huiles à la noix de coco que ma dermato m’interdit formellement. Aujourd’hui je mets une crème indice 50, un lycra, et j’assume le chapeau ridicule dans l’eau.

Le mental avant les abdos

Personne ne vous prévient : la partie la plus dure n’est pas physique. C’est de rester dans l’eau froide, dans le courant, à attendre. La vague arrive quand elle veut. Pas quand vous êtes prête, pas quand vous venez de récupérer votre souffle. Il faut lire l’océan comme on lit une pièce : anticiper, se tromper, recommencer.

Les premières semaines, j’avais peur de tout. De la profondeur. Des autres. Des méduses. D’un tas de choses irrationnelles qu’on n’avoue pas facilement à trente ans.

Surfer m’a appris à respirer autrement. Pas dans le sens new age du terme : dans le sens où je contrôle réellement ma respiration quand une série de vagues me tombe dessus et me retourne dans tous les sens. Cette compétence sert étonnamment quand un imprévu arrive au travail et qu’on doit rester calme devant quatre personnes qui attendent une réponse.

Où trouver de quoi démarrer sans se ruiner

Le surf a une réputation de sport cher et élitiste. C’est en partie vrai si on achète tout dès le début. Il faut faire l’inverse. Louer une planche mousse pendant quatre ou cinq sessions, prendre deux ou trois cours collectifs pour comprendre la sécurité et les règles de priorité, et surtout choisir un spot adapté aux débutants.

  • Les écoles de surf près de Biarritz ou d’Hossegor acceptent presque toutes les premières fois avec une planche souple et un lycra. Comptez 40 à 60 euros la séance de deux heures, moins si vous réservez un stage de plusieurs jours.
  • La combinaison : à partir de 130 euros pour une 4/3 de marque correcte, et c’est vraiment l’investissement qui change tout, parce que l’eau froide gâche tout le plaisir.
  • Pour comprendre où aller selon sa région, surf-com.fr recense des spots et des conseils pratiques qui m’ont évité pas mal d’erreurs lors de mon premier été. J’y ai notamment découvert qu’il fallait éviter certaines plages à certaines heures, ce que personne ne m’avait expliqué pendant les cours.

Une planche de mousse neuve en 8 pieds tourne autour de 200 euros. C’est le prix d’un sac correct. On peut aussi acheter d’occasion, à condition de vérifier qu’il n’y a pas d’eau à l’intérieur, ce qui se sent en secouant la planche et en écoutant.

Un rythme qui ne tient pas éternellement

Je mentirais si je disais que je surfe toute l’année. L’hiver, la flemme gagne. Les semaines où je travaille trop, je saute les sessions. Mais chaque fois que je retourne dans l’eau, même après trois semaines d’absence, mon corps retrouve les gestes plus vite que je ne l’aurais imaginé.

Le surf ne m’a pas transformée en athlète. Il m’a juste donné une raison d’aller au bord de mer au mois d’octobre, et une façon de m’occuper qui n’implique ni écran ni carte bancaire. Pour une fille qui détestait le sport, c’est déjà énorme.